Partager l'article ! à mes enfants perdus: ..1966......premier espoir d'enfant... .premier enfant.....première fausse couche à 2 mois et demi de vie ...
Quand l’impensable arrive,
nous ne devenons que
..1966......premier espoir d'enfant... .premier enfant.....première fausse couche à 2 mois et demi de vie. La vie me quitte, si vite, je me sens « vide » !....Pourquoi moi? Je ne comprends pas... un beau rêve s'effondre..espoir brisé... .attente déçue.....qui me plonge dans une sorte de chagrin...
Je viens de vivre une expérience brève composée de différentes étapes de vie : désir de conception, conception, grossesse, puis ce dernier instant très court où l'enfant est né(expulsion)...
J'ai à peine eu le temps de rêver qu'il a déserté mon corps...l'ai je aimé? Je ne sais pas, je l'ai rêvé, seulement rêvé.....
Depuis, chaque fois que je « re-visite» mon passé, je me sens coupée de ce premier enfant....je sais qu'il a existé mais je n'ai pas réussi, me semble-t- il, à garder un lien avec lui., je n'ai pas pu ou je n'ai pas su...c'est comme si j'avais tiré un trait sur cet instant de vie pour ne pas trop en souffrir
Ai- je de la peine? pas vraiment... l'ai- je enfermée au plus profond de moi?... je ne sais pas .
Cet enfant est mort... un deuil qui n'a pu se faire... .un deuil gelé... .
Pas d'enfant... aucune trace visible...Un bébé pourtant, mais un « bébé »sans nom
1967/1968.....deuxième grossesse... tout semble normal
Le 11janvier 1968, dans l'après midi des douleurs inhabituelles surviennent... .je me souviens surtout avoir eu si mal à « l'aine » que je pouvais à peine marcher...Je pars chez mon Médecin qui m'ordonne un repos total...
Il est presque minuit quand les contractions augmentent.... je pars en urgence vers la clinique la plus proche de chez moi... .Tout va très vite....je me retrouve rapidement dans une salle d'accouchement froide, mal chauffée (un autre siècle!)... Un médecin... le médecin de service
vient m'y rejoindre et me pose quelques questions du style : « C'est une grossesse de combien de mois? Que s'est il passé? etc... etc... »
Je ne suis pas rassurée et je demande : Docteur est ce qu'un bébé peut vivre après 6 mois et demi de grossesse? Peu convainquant il me répond : « Oui » mais peu de chance!
Je m'accroche à ce Oui...c'était comme si je me retrouvais en plein Océan... en pleine tempête...Le « Oui » flottait comme une bouée de sauvetage...je m'y accrochais désespérément...je voulais tellement y croire......croire à la vie !!!
Un petit être traversait cette tempête...et fut projeté hors de moi... premier cri... premier espoir...mais vision apocalyptique le bébé qui venait de naître était cyanosé... .il était vivant j'avais entendu son cri, il allait vivre...c'était une fille...Krystèle... .elle allait vivre...je le voulais tellement !....
J'aurais dû me douter que Krystèle allait mourir...mais tout en moi refusait l'idée de cette mort imminente.
La tempête ne s'était pas calmée... j'avais à nouveau des contractions.......
Le médecin s'énerva un peu : « Ne me faites pas croire que l'on souffre autant pour un placenta! »....quelque chose d'inhabituel m'arrivait...... Il appuya sur mon ventre pour aider le placenta à se décoller... J'avais horriblement mal... rien ne venait...rien n'existait plus que ma propre douleur, le désir que tout s'arrête...
J'entendis : « Il ne faudrait pas qu'il y en ait un autre »...après examen il annonça un autre bébé....la tempête se calma... peu de temps après, une autre petite fille naissait... une vague de bonheur m'envahit, je pensais d'abord à ma mère, elle qui avait tellement souhaité avoir des jumelles...j'allais pouvoir lui faire ce cadeau !...on me posa ce petit corps frêle sur la poitrine
Ce prénom, je le portais en moi depuis si longtemps...à quatorze ans, je savais déjà que ma première fille s'appellerait Krystèle ! (Kristel Kobu était l'héroine d'un roman que lisait ma mère... quand ma mère prononça pour la première fois ce prénom, ce fut comme une évidence ma première fille s'appellerait : Krystèle !)
J''eus le temps de contempler ce petit ange, de m'émerveiller...il ressemblait à son père c'était frappant, cette ressemblance me remplissait de bonheur....ce petit corps parfait, ce bébé miniature comment ne pas le trouver beau? Je ne sais plus si je l'ai caressé, je ne sais même plus si je l'ai embrassé...j'ai tout oublié de ces premiers gestes d'une maman....je sais que je le regardais intensément pour mieux me l'approprier, pour ne pas oublier.
Aujourd'hui encore, vit en moi ce souvenir que ni la douleur, ni la souffrance, ni le temps n'ont pu effacer !...
La couveuse que l'on attendait arriva... ...on me prit Krystèle avec douceur...
J'étais comme anesthésiée... choquée.....j'avais besoin de dormir...
Au réveil, je demandais des nouvelles de mes bébés... « il faut attendre pour se prononcer ! »me répétaient les Soeurs à qui je m'adressais...
..Pour moi, c'était évident, elles étaient en couveuse et on allait les sauver...
.je savais aussi que ça tenait du miracle mais ma deuxième bouée s'appelait « espoir »ou « désespoir ».....personne ne me disait rien c'est donc qu'elles étaient vivantes !.....les heures passaient....les jours même(un, deux, je ne sais plus, cela me paressait si long!)....personne ne me disait rien....face à moi j'avais des gens muets (mon mari, ma famille) ou fuyants (le personnel soignant)........On me laissait du temps, mais du temps pour quoi? .
« Il fallait éviter la montée de lait » soit disant et se taire (ordre de l'infirmière !).........
Ce mensonge mis en place et perçu inconsciemment devint vite insupportable..........
Un matin je demandais à l'infirmière de téléphoner à l'hôpital.....elle ne revint pas... .j'insistais... « elle n'avait pas eu le temps » me disait elle... .. « je vous donne jusqu'à 11h » lui dis -je.... « je vous rappellerai »....
11h sonne....j'appuie sur le fameux bouton rouge pour appeler la Soeur... elle arrive muette... « Vous avez appelé l'hôpital? »......... « Oui »,répondit-elle... .. « Alors???? »...........c'est fini..!...........
« C'est fini ! » Ces mots raisonnent encore en moi...........Je me rappelle cet instant terrible..ce déchirement intérieur... . ce grand froid... ....ce vide...je ne pleurais pas... .je ne pouvais pas... ..j'étais anéantie....
Qui pouvait comprendre? À qui aurais je pu parler?... .D'ailleurs en ai-je eu seulement envie? ... tout le monde m'avait menti...
.Je me sentais seule, si seule......C'était comme si je n'existais pas ou comme si je n'existais plus.....
.La nuit, les rêves se firent mes alliés: toutes les nuits je rêvais que je m'occupais de ces petits êtres....les nuits m'offraient une partie de ce que la vie n'avait refusé
En clinique, les jours passèrent....j'étais comme anesthésiée....j'étais comme morte.....ne l'étais je pas d'ailleurs depuis le moment où j'avais entendu : « c'est fini »? …
Je me sentais entièrement dépossédée et je vivais l'instant sans révolte apparente.....
Je sortis de clinique « amputée »......aujourd'hui, je dirais « désenfantée »
Je pleurais... pleurais sans fin...j' allais au cimetière les retrouver... je m'habillais de noir....j'avais le sentiment que personne ne pouvait comprendre ma détresse......... .J'avais perdu la chair de ma chair..
On ne m'avait rien dit ou je n'avais rien voulu savoir, voir , comprendre, entendre.......
Un silence effroyable, des non-dits encore plus effroyables se glissaient entre Jacques et moi...nous étions chacun « seul » nous éloignant de plus en plus l'un de l'autre......de toute façon, je pensais qu'il ne pouvait pas comprendre... .....je vivais parce qu'il fallait vivre...j'avais la sensation que je n'existais plus...je n'étais plus rien : ni mère... .ni épouse... ni femme....
J'avais perdu tous mes rôles... ............ma vie n'avait plus de sens !.
.Une poupée miniature eut raison de ma détresse... .....j'avais acheté une petite poupée, je trouvais qu'elle ressemblait à mes filles disparues....je la faisais suivre partout et il m'arrivait de dire à mes proches : « regardez, elle ressemble aux jumelles »... ce n'était pas de la provocation ,c'était ce que j'avais mis en place pour vivre, pour continuer à exister......personne ne répondait....personne ne m'a conseillé de consulter un médecin pour soigner ce début de névrose....cette poupée fut ma thérapie....c'est à elle que je disais, c'est à elle que je parlais, c'est sur elle que je déversais....
j'avais mis en place ,sans le savoir, une stratégie pour me soigner, une stratégie qui m'a permis de continuer, d'évacuer, de tenir debout....c'était la seule chose que j'avais trouvée pour me sauver de moi même...
J'avais perdu mes enfants et la vie semblait reprendre comme avant..ce n'était plus comme avant!... ..perdre des enfants, même au début de leur vie, ce n'est pas rien.....
J'avais la sentation que personne ne pouvait comprendre .
Je pleurais sur ce qui n'était plus, sur ce qui ne serait pas, sur ce qui aurait pu être....
.Un jour Jacques n'y tenant plus me dit, en craquant à son tour : « j'en ai marre de te voir pleurer »....ce fut l'uppercut... .les mots qui me permirent de quitter ce désert stérile où je me perdais.....Ces mots me firent rebondir...
Je cessais d'aller au cimetière......je me réappropriais les jumelles... elles étaient là, de nouveau en moi, mais différemment .
Je n'avais que très peu de souvenirs auxquels me raccrocher... mais j'avais des rêves, des projections que je devais abandonner... .
A tout cela s'ajoutèrent d'autres inquiétudes pour l'avenir... le médecin m'annonça que je ne pourrais sûrement pas avoir d'enfant....Ce fut terrible.....
Ce fut terrible et pourtant ce fut aussi ce qui me sauva......
Je partis à Toulouse...une gynécologue me prit en charge et détermina les raisons de toutes ces maternités interrompues.
Le 11 mars 1971, j'eus un garçon : « Pierre ».........la vie reprenait des couleurs... il me semble même que j'arrivais à mieux vivre ce manque des jumelles...ma vie se remplissait de lui.
.Le 14 aôut 1973 je perdais mon cinquième enfant après deux mois et demi de grossesse.
...je ne me révoltais même pas... je subissais....J'acceptais... comme une sorte de fatalité....
Pierre était là, il emplissait tellement ma vie qu'il ne m'a pas été trop difficile de vivre ces moments.
Cette nouvelle grossesse ne fut pas un réel traumatisme. Je n'avais pas eu le temps de rêver ce bébé...je ne savais même pas que j'étais enceinte... .je ne savais pas que je portais la vie...
La vie m'a quittée à une époque ou je vivais une relation fusionnelle avec Pierre....
Ce ne fut pas trop douloureux, je ne pouvais pas prendre en compte ce bébé...il n'y avait pas beaucoup de place pour lui...
Cette nouvelle grossesse constituait un nouvel échec....j'avais de la colère contre mon corps...ce corps qui m'imposait cette nouvelle épreuve .
Cet enfant...un autre enfant « sans nom », sans existence réelle, sans place apparente.
Je pensais que tout allait mieux jusqu'au jour ou j'eus une autre petite fille (enfant que j'avais désiré)........
Comment l'appelez vous? : « Krystèle » ai je répondu sans hésitation pour la troisième fois........
Je ne savais pas ce que ce choix allait entraîner...........un mal-être incompréhensible....une ré-activation des jumelles......un refus.....la prise de conscience de cette cohabitation, en moi, des trois Krystèles m'empêchait d'appeler Krystèle par son prénom..........j'ai appris à conjuguer avec ces souffrances, essayant de les enfouir... y réussissant parfois et d'autres non.........ce fut douloureux pour Krystèle autant que pour moi....
Je commençais à prendre du poids après cette grossesse... .Elle et moi, portions le poids de toutes ces maternités...Elle et moi, étions intimement liées, engluées dans une sorte de noeud que nous n'arrivions pas à démêler....La vie continuait pourtant...Unevie... .Nôtre vie..... pesante !
Elle se déroulait ainsi jusqu'au jour où j'eus la compréhension que ce « Noeud » venait de tous ces deuils à faire... de tous ces liens à reconsidérer.
Aujourd'hui, alors qu'une partie de ce travail est fait, je me sens sereine, apaisée
Chacun a retrouvé sa place au sein de cette fratrie... chacun a retrouvé son existence en mon cœur.
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